menu Menu
place5 rue jacques margottin - 92340 BOURG LA REINE
Vous êtes ici : Accueil > Actualités > LA POSTURE N'EST PAS UNE QUESTION DE VOLONTÉ !

LA POSTURE N'EST PAS UNE QUESTION DE VOLONTÉ !

Le 01 décembre 2018
D'où vient la posture et comment améliorer celle ci

Bonjour à tous ????

Un nouvel article pour amener encore plus loin la réflexion sur le réel "travail postural" ou "postural training".

Je voudrais à nouveau revenir sur une notion essentielle et source de nombreuses confusions quand on parle de posture : la différence entre POSTURE et POSITION.

Mathieu Boule, ostéopathe et posturologue avait fait une vidéo très pertinente à ce sujet sur Facebook. Je vous invite à l'écouter en cliquant sur le lien ci-dessous, à partir de 4'30" environ.

https://www.facebook.com/mathieuboule/videos/10158817573765088/

PUBLICITÉ

Beaucoup parlent de "posture" et même de "posturologie" alors que les notions avancées concernent la position et non la posture (et je l'ai fait aussi, mea culpa..).

J'en parle aussi dans cet article que je vous invite à lire ou à relire : http://www.emmagomez.be/2017/12/suffit-il-de-se-tenir-droit-pour-corriger-sa-posture.html

Adopter une position "idéale" de manière consciente en contractant volontairement certaines zones du corps n'est pas suffisant pour améliorer la posture statique et dynamique.

J'ajoute ici une image qui, j'espère, va vous parler. Quand un arbre a tendance à pousser sur une trajectoire inclinée, on essaye de le redresser à l 'aide d'un tuteur auquel on le solidarise. On pourrait imaginer que, si cet arbre pousse de cette façon-là, c'est parce qu'il y a un câble invisible qui le tire d'un côté. Dès lors, mettre un tuteur pour l'obliger à se redresser, sans libérer ce câble, ne peut faire qu'augmenter les tensions et pressions subies par ce pauvre arbre!

Pour transposer cet exemple au corps humain : si une personne a des psoas et/ou droits antérieurs spasmés en raccourcissement, faire un effort d'autograndissement, sans libérer ces spasmes (par des techniques d'inhibition et par des mouvements régulant l'état de tension dans les tissus) n'est pas souhaitable...et risque de créer encore plus de tensions...!

POURQUOI LE POSTULAT GRAVITAIRE NE TIENT-IL PAS LA ROUTE
Les troubles posturaux ont amenés à plusieurs hypothèses ayant entraîner des techniques et méthodes sensées y remédier.

La théorie la plus répandue est le postulat gravitaire.

Le postulat gravitaire accuse notre incapacité, notre paresse à résister à la gravité, d'être la cause des tassements vertébraux et déviations de la colonne vertébrale (cyphose, lordose, scoliose).

Le fait de considérer la colonne comme le mât d'un bateau devant être soutenu par des muscles forts et puissants, justifie la plus grande partie des techniques de rééducation en kinésithérapie et de renforcement musculaire. Le "core training", ayant pour objectif de renforcer le centre du corps, trouve son origine dans ce postulat.


Il a été observé des ruptures spontanées de matériel d'ostéosynthèse installé pour rigidifier et redresser la colonne alors que ce matériel a été testé en laboratoire à des contraintes bien plus importantes que la pesanteur...

Cela montre que des tensions excessives et anormales qui règnent au sein de certains tissus sont à l'origine des déformations de la colonne vertébrale tout comme des autres troubles de la statique comme les genoux varus ou valgus (genoux arqués ou en X).



Oui, je sais, vous retrouverez dans des articles anciens de ce blog certaines explications allant dans le sens du postulat gravitaire, mais ma compréhension a évolué et mes écrits évoluent aussi ????

QU'EST CE QUI MAINTIENT NOTRE COLONNE VERTÉBRALE EN POSITION ÉRIGÉE?
Drôle de question vous allez me dire. Eh bien voyons, ce sont les érecteurs du rachis!

En êtes-vous bien certains?

Savez-vous qu'en position debout spontanée, l'activité électromyographique des muscles du tonus postural, tant superficiels que profonds, est minime, voire nulle?!

L'activité contractile de ces muscles ne s'observent qu'en cas de perte d'équilibre nécessitant un réajustement de la posture ou lors d'un effort statique ou dynamique.

Si ce ne sont pas les muscles, qu'est-ce donc?

C'est l'état de tension, de précontrainte qui existe au sein des tissus myofasciaux! Oui encore les fascias! ????


Si vous ne savez pas de quoi il s'agit, je vous invite à fureter dans d'autres articles de ce blog et ailleurs sur le net car la compréhension du système myofascial est primordiale pour comprendre la biomécanique réelle -pas celle avec les bras de leviers et les actions musculaires isolées et distinctes que nous avons appris dans les études de kiné ou d'éducation physique qui ne tient pas compte de la tenségrité...

La compréhension de la biomécanique prenant en compte le principe de tenségrité est essentielle pour appréhender les perturbations posturales.

Cet équilibre de tensions et de pressions résultant de fascias en bon état explique aussi qu'un cheval est capable de tenir sa tête au bout d'un cou de presqu'un mètre sans contraction musculaire.

LE TONUS POSTURAL
La posture debout érigée, satisfaisante et adéquate pour produire des mouvements grâce à la stabilisation de certaines parties du corps, dépend du tonus postural.

Le mot "tonus" fait directement penser à tonifier, renforcer,.. mais il faudrait plutôt penser à équilibrer, ajuster ce tonus dans les différentes parties du corps pour équilibrer la posture.

Voici à nouveau l'image du module de tenségrité. Notre corps est un équilibre de tensions et de pressions permettant de préserver son intégrité. L'état de tension des tissus mous, représentés ici par les élastiques (le squelette étant représenté par les bois), représente le tonus postural.

Un déséquilibre de tension au sein de ces structures entraînent des déviations, des compressions articulaires (aboutissant à des usures et douleurs) ou des problèmes d'alignement au niveau des tissus osseux.


DE QUOI DÉPEND LE TONUS POSTURAL?
On ne peut avoir la prétention de comprendre la posture et ce qui la régule si on ne comprend pas le fonctionnement du système nerveux. Les kinésithérapeutes ont tous étudié le système nerveux et les voies pyramidales et extra-pyramidales en neurologie.

Pour faire simple, la voie pyramidale commande la motricité volontaire. La voie extra-pyramidale est responsable de la motricité involontaire, des réflexes et de la POSTURE.

La posture est régulée par le système nerveux et c'est un contrôle qui ne dépend pas de la volonté.


Les centres qui contrôlent la posture se trouvent dans le cerveau limbique, pas dans le cortex. Les informations entre le cortex et le cerveau limbique se font à sens unique, du limbique vers le cortex et pas dans l'autre sens. La volonté n'a aucune influence sur le cerveau limbique. Les zones cérébrales profondes qui régulent le tonus postural sont imperméables aux ordres du cortex.


LE PIÈGE
Vu qu'il est possible de corriger sa posture momentanément par la volonté, on pourrait penser que cette correction peut perdurer dans le temps mais ce n'est pas le cas. Dès qu'on y pense plus, le tonus postural involontaire de la personne reprend le dessus et la posture retrouve son état d'avant correction volontaire. Les améliorations posturales que l'on peut observer chez des personnes pratiquant une activité physique ne dépendent pas de ces efforts de correction, mais du mouvement (voir plus bas).

Parenthèse pour les kinés :

Avec le recul, une question que je me pose est la suivante :

Nous appliquons en tant que kinésithérapeute, des techniques de régulation du tonus postural par des méthodes inductives, indirectes (comme Kabat, Bobath, Vojta) dans le cas de troubles neurologiques. Par contre, la plupart des techniques dites "posturales" appliquées dans les déviations de la colonne vertébrale sans troubles neurologique prônent l'autograndissement et le renforcement axial actif. Comment cela se fait-il que nous ignorons le fonctionnement même de la régulation du tonus postural quand il s'agit de rééducation vertébrale?

LES RÉFLEXES ARCHAÏQUES
Il faut remonter au moment où la motricité s'installe, c'est-à-dire dans le ventre de la maman, pour comprendre les perturbations du tonus postural pouvant expliquer certains troubles posturaux.

La motricité du bébé est tout d'abord réflexe. De nombreux réflexes vont lui permettre de se developper dans le ventre de sa maman. Certains réflexes sont aussi nécessaires lors de la naissance comme le réflexe spinal de Galant. Par la suite, ces réflexes vont permettre la mise en place d'une évolution de la motricité permettant au bébé de passer sur le ventre, de ramper, d'attraper des objets, de marcher à 4 pattes,... jusqu'à marcher sur 2 pieds.

La façon dont le bébé va développer sa motricité et les perturbations éventuelles lors de ce développement (pendant la grossesse, l'accouchement et dans les premieres années de vie) vont influencer sa motricité et même ses capacités cognitives pour le reste de sa vie.

Ces réflexes doivent laisser la place à la motricité volontaire et c'est par la motricité volontaire qu'on permet aux réflexes de s'intégrer. Ils ne disparaissent pas complètement car ils gardent une utilité en cas de danger par exemple.

Il arrive que cette intégration ne se fasse pas et que certains réflexes perdurent. On parle de schémas moteurs qui entravent la motricité, tel un caillou dans la chaussure entraverait la marche, comme l'explique Paul Landon.

RÉFLEXES ARCHAÏQUES ET POSTURE
Je me suis longtemps demandé, en observant de très grandes différences au niveau de la motricité des adultes (problèmes de coordination, de schéma corporel...), ce qui était à l'origine de ces différences. Les réflexes archaïques non intégrés peuvent expliquer certains problèmes de motricité et pas mal de troubles posturaux!

Des réflexes qui perdurent entraînent une augmentation du tonus dans certaines zones du corps aboutissant à des crispations, des spasmes au niveau des tissus myo-fasciaux et donc des déviations au niveau du squelette.

​​​​​​​Cette non intégration de certains réflexes est aussi la source de problèmes d'apprentissage chez les enfants (gros chapitre, trop long à aborder ici).

COMMENT PERMETTRE L'INTÉGRATION DE CES RÉFLEXES ARCHAÏQUES ET DONC RÉGULER LE TONUS POSTURAL ?
Encore une fois : PAR LE MOUVEMENT!!!

Ce sont les mouvements volontaires demandant des efforts de coordination entre autres (il en existe toute une série utilisé en fonction du/des réflexes à intégrer), qui vont permettre à la motricité volontaire de prendre le pas sur le réflexe et donc, agir à la source du problème.

Vous comprendrez aisément qu'il ne sert à rien de faire des efforts statiques de positionnements dits "justes" en autograndissement et espérer une correction posturale sur un corps dont certaines zones sont spasmées par des schémas moteurs perturbés!

​​​​​​​Ce n'est pas en corrigeant sa position qu'on corrige sa posture car que la position dépend de la posture, mais c'est en favorisant un certain type d'entraînement alliant plusieurs paramètres essentiels pour un réel travail postural digne de ce nom.

Agir à la source, favoriser le mouvement, la coordination, inhiber les tissus spasmés (par des méthodes de thérapie manuelle dont j'ai déjà parlé dans d'autres articles), relâcher les tissus myo-fasciaux (auto-massages ou manoeuvres par thérapeute), agir sur les capteurs posturaux, s'entraîner d'une façon qui améliore les capacités visco-élastiques des fascias et qui permet d'expanser notre tenségrité, optimaliser l'alimentation... voilà où en est ma réflexion et mon approche. Approche qui se complète, chaque pièce du puzzle trouvant sa place et plus j'avance, plus je m'enthousiasme...

J'ai beaucoup changé dans ma manière de donner cours également. Fini le temps où je laissais les gens souffrir inutilement dans une position statique en passant dans les rangs pour corriger précisément leur position. Cela n'a plus aucun sens quand on comprend que l'important, c'est le l'enchaînement de positions variées, tant pour l'entraînement des fascias que pour la régulation du tonus postural!

MAIS ALORS, COMMENT SE FAIT-IL QUE NOS GRANDS PARENTS AVAIENT UNE MEILLEURE POSTURE QUE TOUS CES ADOS AVACHIS?
"Tiens-toi droit" était la consigne, mais était-ce la raison du redressement postural? Nos grands parents n'avaient pas d'ordinateur, de jeux vidéos, de smart phone,... Leur mode de vie était bien différent du nôtre... Car oui, manquer de mouvement pendant le développement de la motricité et par la suite aussi (par exemple, on observe des réflexes archaïques de bébé qui réapparaissent chez les personnes âgées qui ne bougent plus!) entrave la motricité et l'équilibre de tonus au sein des tissus.

CONCLUSION
​​​​​​​Le postulat gravitaire oublie, nie, méconnaît, ignore ce qui régule la posture.

Cela me fait un peu penser aux régimes, faire croire que la perte de poids est une question de volonté uniquement..

​​​​​​​Je ne veux pas dire par cet article qu'il ne faut pas prêter attention à sa position bien sûr. Mais il faut rester conscient de ses limites et humble par rapport à la complexité de la régulation posturale de la posturologie...

Je ne veux pas dire non plus que tous les troubles posturaux proviennent de cette origine archaïque. Comme écrit aussi dans un autre article, le corps se forme...et se déforme en fonction de nos activés sportives et autres.

L'approche de la posture ne peut être que globale et prendre en compte beaucoup de paramètres pour être porteuse.

ANECDOTE
Un jour, quelqu'un est venu me trouver en me disant qu'on lui avait dit qu'il fallait d'abord "apprendre à se tenir droit correctement, en faisant des efforts de renforcement statiques, avant de mettre du mouvement"... Je ne sais plus si j'ai ri ou grimacé, sûrement les 2... Je me demande bien quand on peut être autorisé à bouger alors...

Vous êtes intéressés par une pratique sportive respectueuse et consciente? Par des conseils et recettes en alimentation santé? Abonnez-vous à ce blog pour être informés de futurs articles!

Emmanuelle Gomez - Kiné, Nutrithérapeute et Coach sportive

close
expand_less